15 février 2006

Moi, Morgane

Morgane

Image: fees.broceliande.free.fr





Enfant des fées aux subtils pouvoirs. Je suis.

Moi Morgane, fière, rebelle, douce et parfois cruelle.  Je dépose en ce lieu, un vivant témoignage. Je vous parlerai de magie et d'honneur, de sexe et de sang. Je vous parlerai de l'Amour qui transcende les frontières et le temps.    Je vous parlerai du coeur des femmes...

Élevée par ma mère loin des villes et des hommes, je n'étais pas préparée à affronter le monde. Et malgré tous les pouvoirs et les filtres magiques, je fus un jour terrassée par ton indifférence toi, Lancelot, l'homme à qui j'aurais donné sans hésiter, ma vie toute entière.

Meurtrie jusqu'à l'âme, humiliée, je me suis traînée à tes genoux et tu n'as eu pour moi que regards de mépris.  Chevalier, mes larmes ne t'ont point attendri.  Et quand je fus vaincue au combat par un groupe de chimères aux pouvoirs maléfiques, tu n'as pas pris les armes.

Quand ils m'ont assaillie, tu as détourné le regard alors qu'ils arrachaient mes vêtements et lacéraient ma peau.  Quand ils se sont servi de moi et violée sans retenue, tu n'as pas entendu mes cris de douleur et de rage alors qu'ils meurtrissaient et ravageaient mon ventre.
 
Et lorsqu'en riant et festoyant encore ils s'en furent enfin, tu ne leur as pas fait ravaler leurs cruelles moqueries.   Et tu m'as laissée là, blessée et humiliée, à regarder sécher sur mon corps et le sperme et le sang.

Et même si depuis ce jour-là mon cœur a continué de battre, sa vie s'est arrêtée et l'amour qu'il eût pu contenir fut désormais remplacé par d'autres dieux, la Colère et  la Vengeance.

Les années passaient et j'errais seule, à l'aventure.  Prodiguant tour à tour grâces et méchancetés, sans distinction et sans remors, j'ai distribué sur mon passage, la souffrance et la mort.

J'ai assouvi ma vengeance en aveugle contre quiconque s'est avisé de se mettre en travers de mon chemin.  Mes yeux ne voyaient plus que  violence et que haine...

C'est ainsi que sur la route de Camelot je rentrais de ce long voyage, je visitais mon demi frère le roi Arthur et sa jeune épouse.  Au nom de notre mère, j'ai juré sur l'honneur de  renverser l'oracle qui prédit entre nous de fratricides guerres et je revendiquerai le droit de partir à ses cotés pour les grandes croisades.

Il faisait un soleil magnifique et le temps était clair et sec. Mon cheval marchait d'un pas régulier et je pouvais sentir ses muscles se gonfler à chaque pas. Je monte à la garçonne, c'est plus pratique, j'aime bien sentir entre mes jambes le corps chaud et dur de ma monture.  Parfois, j'aime me coucher sur son encolure et le sentir onduler sous mon corps, ressentir chacun de ses mouvements rythmés contre mon ventre et mes seins. Je me  laisse bercer par chacun de ses pas.

L'air sentait bon et le château était maintenant visible au détour de la piste.  C'est là que pour la première fois, je la vis.

Elle.  Guenièvre.

Elle se baignait dans l'eau du Lac, le soleil déjà chaud faisait monter autour d'elle la vapeur du matin.  S'étant approchée du bord, elle avait relevé sa tunique et ses jupons, se croyant à l'abri des regards.  Le soleil faisait briller sa peau de reflet dorés. Elle avait défait les nattes des ses cheveux et ses longues boucles  venaient effleurer la surface de l'eau. Vision onirique. Je comprenais bien pourquoi mon frère le roi, lui avait juré un amour éternel.

Je devins invisible, comme seules le peuvent les fées.  Je la regardai longuement faire ruisseler l'eau sur ses bras et ses jambes, puis sur ses cuisses se dévoilant presque entièrement sous mon regard coupablement indiscret.  Je ne pouvais plus détacher mes yeux d'elle, j'étais comme fascinée par chacun de ses gestes.  Elle se caressait doucement.  Elle avait fermé les yeux et s'abandonnait aux sensations de plaisir qui l'envahissaient visiblement. J'éprouvais un étrange émoi, une soudaine chaleur m'envahissait.  Mon cœur, mort depuis si longtemps, s'était remis a battre. Comment était-ce possible?
Je ne me doutais pas alors qu'elle avait été mise sur mon chemin par les Dieux et que comme tous ceux qui habitaient le vaste Royaume d'Avalon, j'allais bientôt lui jurer fidélité et protection. Jusqu'au péril de ma propre vie.

Bientôt, je deviendrais ta Chevalière, et toi, Guenièvre, tu deviendrais à jamais ma Reine...




suite: Moi, Guenièvre



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