26 mai 2006

Les feux de Guenièvre

Guerriere012

image : Luis Royo



Quelques jours étaient passés. A part Arthur, je refusais de voir quiconque. Il m'avait raconté l'action d'éclat de Morgane, son dévouement total pour moi, le don de la pierre de lune qui désormais me protégeait de toute agression extérieure, et qui en même temps la liait à moi pour l'éternité. J'étais demeurée perplexe suite à son récit, me demandant ce qui avait pu pousser Morgane à un tel renoncement. A part un véritable et profond amour envers moi, je ne voyais rien de possible…Je questionnai alors Arthur :

- Mon Roi tant aimé…Croyez-vous donc que votre sœur m'aime d'amour ? Comment cela est-t-il pensable ? Que puis-je lui donner en retour, moi dont le cœur n'appartient qu'à vous ? Sait-elle seulement ce qu'elle risque, ce qu'elle ose braver en s'attachant à moi de la sorte ?…Et vous, mon Amour, que pensez-vous de tout ceci ? N'allez-vous point la haïr, vous qui êtes si jaloux de ma personne ? Qu'adviendra-t-il d'elle si vous la répudiez en tant que Chevalier, à présent qu'elle appartient à la Table Ronde ?…

Arthur me regarda longuement. Ses yeux pers plongeaient tout au fond de mon âme, comme lorsqu'il me faisait l'amour, mettant à nu les recoins les plus profonds de moi-même. Je soutins son regard, car aucune ombre en moi ne faisait pâlir mon amour pour lui.

- Ma tendre femme…Guenièvre…Vous rendez-vous seulement compte de ce que vous provoquez lorsque vous croisez le regard de quiconque ? Quand je pense que vous redoutiez jadis que Morgane jette son dévolu sur moi !…C'est vous seule qui avez réussi à prendre son cœur, à la séduire, à en faire votre alliée. Vous ne vous doutez pas des feux que vous allumez. Quant à moi, rassurez-vous, je ne crains aucun homme autour de vous, parce que je sais votre amour indefectible…Alors une femme…Non, ma douce, je ne répudierai pas Morgane. Elle restera parmi nous, elle vous protègera mieux que personne si moi-même venait à manquer.

- Ne craignez-vous pas, mon Roi…que je cède un jour à son amour ?

- Non Guenièvre. Je ne le crains pas. Certains diraient que je suis imbus d'orgueil et de suffisance…et que vous n'êtes après tout qu'une femme. Mais ils se tromperaient. Une femme qui a su repousser Lancelot, le plus beau et le plus vaillant chevalier de la Table Ronde, une femme qui ne craint ni la guerre ni l'amour…est différente d'entre toutes les femmes.

- Vous oubliez que Morgane est une fée. Lancelot n'était qu'un homme.

- Je n'oublie pas…Mais je crois aussi que les fées ne sont pas toutes mauvaises…du moins, à ceux qui savent les reconnaître.

Ainsi, j'osai revoir Morgane. Mais je ne lui témoignais devant la cour que ma reconnaissance et mon amitié. Je savais que certains n'attendaient de moi qu'un faux pas, un geste, un regard, afin d'alimenter leurs bruits mauvais, leurs rumeurs nauséabondes. Une reine doit savoir demeurer impassible, muette, sourde parfois, à tous les sentiments qui remuent autour d'elle. L'amour de Lancelot avait été pour moi l'épreuve du feu. J'en étais sortie vainqueur, repoussant ses avances malgré l'attirance physique que j'avais éprouvée pour lui. Et de par le royaume entier, j'avais gagné ainsi la confiance de tous, l'admiration et l'estime des hommes, la crainte et la jalousie des femmes…J'aurais cependant aimé donner à Morgane plus de témoignages d'affection, et même de tendresse. Après tout, elle m'avait sauvé la vie deux fois, et s'était volontairement liée à moi. Mais je ne m'autorisais nul manquement à la règle d'égalité qui faisait office entre les Chevaliers de Table Ronde.

Un matin, Arthur m'annonça qu'il allait reprendre la grande Quête. Je lui dis que je désirais l'accompagner. Pour la première fois, il accepta. Merlin m'avoua ensuite avoir fait pencher la balance en ma faveur : il lui avait révélé que sans ma présence, la Quête demeurerait inaboutie à jamais. J'interrogeai Merlin à ce sujet, mais en vain.

- Guenièvre, je ne répondrai ni à Arthur ni à vous. Sachez seulement que le Graal n'est plus très loin…Il est même tout près. Et n'oubliez pas : cherchez-le avec votre cœur.

Le jour-même, nous étions tous partis.

Suite: Les Sept




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